William Schaw (1549/50-1602) était l’équivalent en Ecosse de ce que l’on pourrait appeler en France aujourd’hui le ministre du logement et de l’urbanisme, lorsque ses célèbres statuts sont proclamés. C’est donc un texte d’intérêt national écrit avec l’aval de Jacques VI (1566-1625)  fraîchement installé sur le trône d’Ecosse, monarque estimé et renommé pour sa spiritualité et son goût pour les arts. Les statuts Schaw ont pris ces dernières années une place importante dans le corpus des « textes fondateurs » de la franc-maçonnerie car ils apportent des indices importants sur le tournant opératif / spéculatif qui s’opère en Europe au XVII° siècle.  Ce document est une directive administrative et règlementaire à vocation organisationnelle.

Une première version de ces statuts date de 1598 et concerne le royaume d’Ecosse. 

Version de 1598 

« Les maîtres maçons du royaume d’Ecosse devront observer ces statuts, établis par William Schaw, Maître des Travaux de sa Majesté et Surveillant Général du métier, avec le consentement des maîtres ci-après désignés.

I. En premier lieu, ils doivent observer toutes les ordonnances relatives aux droits particuliers de leur Métier, établies préalablement par leurs prédécesseurs de glorieuse mémoire et, en particulier, ils doivent être honnêtes les uns avec les autres et vivre dans la charité, parce qu’ils sont devenus, par serment, frères et compagnons dans le métier.

II. Ils doivent obéir à leurs surveillants, doyens et maîtres, en tout ce qui touche à leur métier.

III. Ils seront honnêtes, fidèles et assidus à la tâche, ils se conduiront avec droiture envers les maîtres et envers ceux qui possèdent les chantiers qu’ils entreprendront, qu’ils soient payés à la tâche et nourris, ou payés à la semaine.

…. »

La deuxième version de 1599 concerne plus précisément la juridiction de la Loge Kilwinning(1). 

 Version de 1599

« VI. Il est ordonné, par monseigneur le Surveillant général, que le surveillant de Kilwinning, en tant que seconde loge d’Ecosse(1), élise six maçons parmi les plus parfaits et les plus dignes de rester dans nos mémoires, dans la juridiction de la loge pour examiner les qualifications de tous les maçons de leur juridiction, sur leur connaissance du métier, et l’ancien art de la mémoire. En conséquence, le surveillant et le doyen seront ensuite responsables de ces personnes, qui seront sous leur responsabilité et dans leur juridiction.

… »

Il est important de remarquer que deux réseaux de coordination existent dans la Loge, celui des surveillants relatif au métier et celui des doyens ou diacres qui étaient (à cette époque) plus en rapport avec les instances locales ou la corporation elle-même. Mais le terme le plus notoire qui introduirait une dimension ésotérique au métier est la référence à « l’ancien art de la mémoire », cité en ces termes à trois reprises dans le texte de 1599 !

Version de 1598

« VII. Il faudra élire un surveillant, chaque année, dans chaque loge (telles qu’elles sont réparties), et il en aura la responsabilité. Cela se fera par le vote des maîtres de ces loges et avec l’accord de leur Surveillant général, s’il est présent. Autrement, le Surveillant général sera averti qu’un surveillant a été élu pour une année, pour qu’il puisse envoyer ses directives au surveillant élu. 

On retrouve quasiment un fonctionnement démocratique contemporain avec la supervision d’une instance fédérale !

VIII. Aucun maître ne prendra plus de trois apprentis au cours de toute sa vie, sans l’accord particulier de tous les surveillants, doyens et maîtres de la circonscription où habite l’apprenti qui doit être reçu.

Et là nous avons une succession d’articles règlementaire sur les plans de carrière des maçons, l’équivalent d’une Convention collective actuelle :

IX. Aucun maître ne prendra d’apprenti pour moins de sept ans. Il ne sera pas permis non plus de recevoir cet apprenti comme frère ou compagnon dans le métier, sans qu’il ait servi sept autres années après la fin de son apprentissage, sauf dispense spéciale des surveillants, doyens et maîtres, réunis pour ce faire, et qu’on ait suffisamment éprouvé la qualification professionnelle de celui qui désire être reçu compagnon. Une amende de quarante livres sera perçue de celui qui aura été reçu compagnon contre cet arrêté, en plus des pénalités qui lui seront appliquées, selon ce que la loge à laquelle il appartient décidera.

X. Il ne sera pas permis à un maître de vendre son apprenti à un autre maître, ni d’obtenir une compensation financière pour les années d’apprentissage en les vendant à l’apprenti lui-même, sous peine d’une amende de quarante livres.

XI. Aucun maître ne recevra d’apprenti sans en informer le surveillant de la loge du lieu où il habite, pour que le nom de cet apprenti et le jour de sa réception puissent être dûment enregistrés.

XII. Aucun apprenti ne sera reçu sans que la même règle soit respectée, à savoir que le jour de sa réception ne soit enregistrée.

XIII. Aucun maître ou compagnon ne sera reçu sans la présence de six maîtres et de deux apprentis, le surveillant de la loge étant l’un des six. Le jour de la réception de ce compagnon ou maître sera dûment enregistré, et son nom et sa marque seront inscrits dans ce registre, avec le nom des six qui l’ont reçu et avec ceux des apprentis. Les noms des instructeurs choisis pour chacun devront également être inscrits dans le registre. Tout cela à condition que personne ne soit jamais reçu sans qu’on ait procédé à un examen satisfaisant de sa compétence et de sa valeur professionnelle.

… ».

Mais revenons sur la version de 1599 :

Version de 1599

« VII. Il est donné pouvoir au surveillant et au doyen de Kilwinning, seconde loge, d’exclure de leur société tous ceux qui refuseront d’obéir aux anciens statuts de glorieuse mémoire établis dans le passé et tous ceux qui ne respecteront as l’assemblée, le métier, le conseil et les autres règlements, qui seront faits par la suite, pour que le bon ordre règne. »

En clair, comme Kilwinning est une loge très particulière, on rappelle que la nouvelle règlementation de 1599 complète les anciens usages de celle-ci, car ceux de l’année précédente n’y faisaient point référence. 

VIII. Il est ordonné par monseigneur le Surveillant général que le surveillant et le doyen, en présence de leur intendant, choisissent, et appointent un notaire renommé pour servir de secrétaire, et que ce notaire désigné occupe la fonction. Tous les contrats, acquits et autres écrits quels qu’ils soient, en rapport avec le métier, seront rédigés par ce secrétaire uniquement. Aucun écrit, document ou autre preuve ne sera admis par ledit surveillant et doyen devant eux, sauf si ce n’a été fait par ledit secrétaire et signé de sa main.

Et c’est là le plus grand service que William Schaw rendit à l’histoire : l’organisation d’un service administratif chargé de consigner par écrit le fonctionnement de la Loge. De là l’exploration des archives des loges d’Ecosse a permis de mieux connaître l’importante mutation qui s’est produite au XVII° siècle en Ecosse et de découvrir la présence d’un visiteur particulier du nom de Jean-Théophile Desaguliers(2) à la Loge d’Edimbourg, bien avant ce que l’histoire à retenu de ce personnage mais ceci est une autre histoire…

Notes :

(1) Seconde en importance mais première historiquement, d’où le fameux matricule « number nothing » pour Kilwinning et le matricule n°1 pour Mary’s chapel, subtilité toute britannique…

(2) Jean-Théophile Desaguliers (1683-1744) est l’un des principaux protagonistes de l’invention de la franc-maçonnerie anglaise, un brillantissime reportage audiovisuel (voir références ci dessous) décrit ainsi cette influence héritière des statuts Schaw. 

Pour aller plus loin 

Les Textes fondateurs de la Franc-Maçonnerie – Philippe Langlet – Dervy – 2006

Les origines de la Franc-maçonnerie : Le siècle écossais, 1590-1710 – David Stevenson – Telètes – 1992

La Clef Ecossaise – Reportage type « docu-fiction » de 52 minutes – Un film de Tristan Bourlard et François De Smet – http://www.scottishkey.com/

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