Le manuscrit Sloane de son véritable nom Sloane n°3329, de part son classement au British Museum est le premier document fondateur d’origine directement anglaise, bien qu’en substance les spécialistes s’accordent à y décrypter un contenu particulièrement écossais. Il est daté autour de 1700. Dans le copieux corpus des textes fondateurs de la franc-maçonnerie, le manuscrit Sloane se distingue des autres textes de l’ère préobédientielle (c’est-à-dire antérieure à 1717) par deux éléments particuliers qui méritent attention. L’un concerne la première référence faite à une maçonnerie en trois degrés alors qu’elle n’en comptait que deux dans les rares documents antérieurs et le deuxième, plus curieux, est en rapport avec les signes de reconnaissances auxquels nous allons nous intéresser.

Le Sloane n’est ni un document maçonnique ni une divulgation, c’est simplement l’extrait d’un journal intime dont le véritable titre est Papiers divers m’appartenant et concernant des curiosités à cela près qu’il est question de Sir Hans Sloane, l’un de ces explorateurs érudits et fortunés qui ont fait les beaux jours de la Royal Society à l’époque ou la découverte et le partage du monde étaient les divertissements favori des élites.

Les diverses quêtes de notre explorateur l’ont donc conduit vers la franc-maçonnerie, dont les curiosités  qu’il nous décrit ont pour la plupart été gommées par les conciles maçonniques des décennies suivantes.

Mais que l’on ne s’y trompe pas, bien que ces descriptions semblent majoritairement fantaisistes et ne soient pas plus utiles pour se faire reconnaître aujourd’hui comme maçon que ne le serait une manivelle pour faire démarrer une voiture du XXI° siècle, Sir Sloane ne travaille pas du chapeau ! L’analyse complète de ce manuscrit dans son contexte global rassemble la plupart des spécialistes pour lui donner un véritable crédit historique.

Description narrative du mot et des signes des Francs-Maçons

Ils se reconnaissent d’abord par des signes, puis ils vont s’entretenir à l’écart. L’un des signes consiste en un mouvement de la main droite en travers de la poitrine, de gauche à droite, le bout des doigts passant à trois ou quatre pouces au-dessous du menton ; un autre à retirer son chapeau de la main droite, avec les deux premiers doigts au-dessus du bord, le pouce et les autres doigts au-dessous, et à lui faire faire un mouvement de gauche à droite [avant de le remettre] sur la tête; un autre encore consiste, en buvant, à faire avec son verre un mouvement transversal de gauche à droite sous le menton ; un autre à prendre son mouchoir par un coin avec la main droite, à le jeter par-dessus l’épaule gauche en le laissant prendre dans le dos, et à faire ainsi quelques pas : si un maçon voit quelqu’un faire cela, il le suivra et lui serrera la main. Leur poignée de main, pour les compagnons, consiste à se saisir mutuellement la main droite en pressant avec l’ongle du pouce la troisième jointure de l’index ; leur poignée de main de maître, à se saisir mutuellement la main droite en appuyant fortement les ongles des quatre doigts sur le carpe ou l’extrémité du poignet, tout en enfonçant l’ongle du pouce juste entre la seconde jointure du pouce et la troisième de l’index. Toutefois, certains disent que la poignée de main de maître se fait comme je viens de le dire, à ceci près que le médius doit aller un peu plus loin d’un pouce ou de la longueur de trois grains d’orge, de manière à toucher une veine qui vient du cœur.

Un autre signe consiste à placer leur talon droit dans le creux du pied gauche de manière à former une équerre, et à faire quelques pas en arrière et en avant, en marquant un bref arrêt tous les trois pas et en plaçant leurs pieds en équerre comme précédemment. Si des maçons vous voient faire cela, ils viendront bientôt à vous.

Si vous arrivez quelque part où il y ait des outils de maçon, disposez les en forme d’équerre X ils ne tarderont pas à s’apercevoir qu’un de leurs frères en franc-maçonnerie est passé par là ; ou encore, si un frère arrive quelque part où il y ait des Francs-Maçons au travail, il peut prendre quelques-uns de leurs outils et les disposer en équerre X : c’est un signe pour se faire connaître ; il peut aussi prendre un de leurs outils ou son propre bâton de voyage, et frapper doucement sur le mur ou sur l’ouvrage en disant : « ceci est bosse ou creux  » : s’il y a un frère présent sur le chantier il répondra : « C’est plein », et ces mots sont des signes pour se reconnaître mutuellement. Quelques-uns font usage d’un autre signe qui est de plier le bras droit en équerre en plaçant la paume de la main gauche sur le cœur. Un autre consiste à regarder de côté vers l’est tout en tordant la bouche vers l’ouest ; un autre à plier le genou droit en tenant la main levée vers l’est et, de nuit ou dans l’obscurité, ils se racleront la gorge deux fois doucement et une fois plus fort comme s’ils essayaient d’expulser un os ou un morceau de nourriture de leur gosier, puis ils diront : « Le jour sert à voir, la nuit à entendre » ; un autre signe consiste à vous envoyer une épingle pliée ou un morceau de papier découpé en forme d’équerre : quand vous le recevez, votre serment vous fait une obligation d’accourir aussitôt, en quelque lieu et en quelque compagnie que vous soyez ; s’ils vous font les signes du chapeau ou de la main précédemment décrits, vous devez accourir, dussiez-vous descendre du haut d’un clocher, pour savoir ce qu’ils désirent et pour les aider. Celui qui veut vous faire savoir qu’il a besoin d’argent vous présentera un bout de tuyau de pipe ou quelque chose d’approchant, en disant : « Pouvez-vous me changer un penny ? » Si vous avez de l’argent, dites oui, si vous n’en avez pas, dites non ; quelques-uns manifesteront leur besoin d’argent en tirant leur couteau du fourreau et en le donnant à un frère, soit en présence d’autres personnes, soit seuls : si le frère a de l’argent, il prend le couteau, le met dans son fourreau et le rend à l’autre, sinon il le rend tel qu’il l’a reçu ; c’est ce que beaucoup font en dépit de leur serment, et il y a ainsi beaucoup de signes auxquels ils refusent de répondre quoiqu’ils y soient tenus par serment ; un autre signe encore est de tirer son mouchoir de la main droite et de se moucher, puis, le tenant à bout de bras devant soi, de le secouer deux fois doucement et une fois plus fort. Un autre est de frapper à une porte deux petits coups et un fort. Ils ont encore un autre signe dont ils se servent à table, en buvant, lorsque le pot ne circule pas assez vite; ils disent : « Voyez le traître ! » Pour s’adresser à un maçon en France, en Espagne ou en Turquie (disent-ils), le signe consiste à s’agenouiller sur le genou gauche et à lever la main droite vers le soleil : alors le frère étranger ne tardera pas à venir vous relever. Mais, croyez-moi, celui qui se met à genoux en comptant là dessus risque fort d’y rester longtemps; et ceux qui attendent que quelqu’un remarque leurs signes risquent d’attendre aussi longtemps que les Juifs espéreront leur Messie qui, selon leur croyance, doit venir de l’Orient.

Source traduction : 

• Extrait du “Dictionnaire Maçonnique” de Roger RICHARD – Éditions DERVY

Commentaires : 

• http://www.stella-maris-gldf.com/gldf/index.php?option=com_content&view=…

• Les Textes fondateurs de la Franc-maçonnerie – Philippe LANGLET – Editions Dervy

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