Auteur à succès du célèbre Sherlock Holmes et du Professeur Challenger, Arthur Conan Doyle, n’en fut pas moins un homme engagé, militant contre les injustices. Franc-maçon et spiritiste, la quête de spiritualité sera l’un des moteurs de sa vie.

Qui ne connait pas les aventures de Sherlock Holmes et celles du Professeur Challenger ? Grâce à ces deux héros quasi légendaires, Arthur Conan Doyle est entré dans le temple de la célébrité. Un succès qui ne s’est jamais démenti. Ajouté à cela, une production foisonnante puisqu’entre 1887 et 1927 cinquante six nouvelles et trois romans paraîtront pour les seules aventures de Sherlock Holmes. Il faut dire que tout est fait pour exciter l’attention du lecteur : mystère, ésotérisme, fantastique, sur fond d’enquête. Des thèmes chers à Conan Doyle, qui laissent transparaître un goût certain pour les choses de l’au-delà. 

Un homme libre, aussi, car qui eût dit que ce médecin de formation, issu d’une famille d’origine irlandaise et catholique s’épanouirait dans une quête spirituelle originale loin des carcans établis ? La médecine n’intéressera pas Conan Doyle, écrire est sa passion. Elevé chez les jésuites, il rejette le christianisme et se dit agnostique. Conan Doyle entend bien mener sa vie comme il le souhaite. Louise Hawkins, qu’il épouse en 1886, aura une influence positive sur lui. Elle l’engage à persévérer dans l’écriture alors que son premier roman, Girdlestone & Co, ne trouve pas d’éditeur.

Spiritisme et franc-maçonnerie

Alors qu’il écrit sans relâche, essais, épopées historiques, fictions, Arthur Conan Doyle, consacre une partie importante de sa vie à la quête de spiritualité et surtout à la pratique du spiritisme. Il organise chez lui des séances, durant lesquelles il tente de communiquer avec l’au-delà. Il sera l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, et restera un adepte fidèle de cette pratique jusqu’à la fin de ses jours. Lié quelque temps avec lui, le magicien Houdini, franc-maçon, ne réussit jamais à convaincre Conan Doyle que les médiums spiritualistes usent de supercheries, et abusent de leurs adeptes. En attendant, l’année 1887 marque un tournant dans la vie de l’auteur : il fait paraître «  A Study in scarlet », Une étude en rouge, première apparition de Sherlock Holmes. Le public est conquis. Il en redemande. La même année, il est reçu franc-maçon et initié à la Phoenix Lodge N°257 de Portsmouth. A-t-il été en symbiose véritable avec l’institution, ou peut-on parler d’une initiation liée aux idéaux d’une certaine bourgeoisie et aristocratie de l’époque ? On ne peut le dire vraiment. En revanche l’atmosphère qu’il découvre en loge, lui permettra de nourrir quelques-unes des intrigues de ses fictions futures.

Tout comme son passé de médecin le rattrape et sera source d’inspiration, par le biais de deux de ses professeurs, le chirurgien de l’hôpital Joseph Bell et Rutheford, pour la création de ses personnages de Sherlock Holmes et du professeur Challenger. 

L’engagement dépasse la fiction

A côté de sa vie d’écrivain, Arthur Conan Doyle aspire à la vie politique. Mais les événements vont lui faire prendre un autre chemin. Par deux fois, en octobre 1900, et en janvier 1906 il sera battu en briguant la députation à Edimbourg. Par ailleurs, sa femme Louise, atteinte de tuberculose depuis de nombreuses années décède le 4 juillet 1906. C’est l’effondrement.

L’action et le combat contre l’iniquité, la recherche de la vérité, lui font reprendre le dessus. Fervent pourfendeur de l’injustice, il s’engage alors dans des affaires classées et enquête personnellement, à la façon de Sherlock Holmes, pour réhabiliter deux hommes condamnés à tort. Le premier cas, en 1906, impliquait George Edalji, un jeune et timide avocat d’origine indienne, qui aurait rédigé et envoyé des lettres de menaces anonymes et mutilé des animaux, et qui fut finalement condamné à sept ans de prison, alors même que les faits persistèrent après son incarcération. La suite de cette affaire entraina la création de la Court of Criminal Appeal en 1907, ainsi que des améliorations dans le fonctionnement de la justice britannique, que l’on doit au combat de Sir Arthur.

Le deuxième cas, en 1910, impliquait Oscar Slater, un Juif allemand, exploitant d’une maison de jeu, reconnu coupable et condamné à mort pour avoir matraqué une vieille femme de 82 ans dans Glasgow. Les incohérences du dossier de l’accusation, ajoutées aux fausses charges créées de toutes pièces et aux graves irrégularités dans l’enquête policière attirèrent l’attention de Conan Doyle. Avec force ténacité, il parvient à faire commuer la peine capitale en réclusion à perpétuité. La preuve de l’innocence ne sera finalement apportée qu’en 1927. 

L’humaniste dénonciateur : le Congo belge

Loin de s’en tenir aux affaires nationales, Conan Doyle s’engage et dénonce dans un long pamphlet les crimes commis au Congo, alors propriété personnelle du roi des Belges, par l’administration et la police belges. Toute la scène internationale de l’époque sera ébranlée par ces atrocités. Il publie Le crime du Congo, expédie plusieurs articles dans tous les journaux, entretient une correspondance avec l’empereur d’Allemagne et le président des Etats-Unis. 

Conan Doyle tentera en 1916, mais en vain, de sauver de la peine de mort un proche, Sir Roger Casement, diplomate et irlandais, qui l’avait aidé lors de l’affaire du Congo, mais qui fut reconnu coupable de trahison envers le Royaume-Uni lors de l’Insurrection de Pâques et rallié à l’Allemagne au milieu de la première guerre mondiale.

Vers la conversion définitive au spiritisme

La franc-maçonnerie n’aura été qu’un passage plutôt bref pour Conan Doyle dont les dernières années seront marquées par la participation massive à des conférences en faveur du spiritisme, qui 

prêche le salut de l’humanité par la science. Faudrait-il y voir une proximité avec Ron Hubbard et sa future Eglise de Scientologie, comme certains le prétendent ? La démarche, notamment, par l’emprise supposée sur les esprits est cependant fondamentalement différente, ne serait-ce que par la formation de Sir Arthur aux valeurs maçonniques de respect de l’autre et de soi-même.

Arthur Conan Doyle laisse une œuvre colossale riche de diversité. Révolté par l’injustice, quitte à se tromper, il n’a jamais négocié ses indignations, ni ses engagements politiques, dont certains pourraient, sans se replacer dans le contexte historique et avec le recul nécessaire, contester la morale comme la légitimité. Réunir ce qui est épars, voilà bien le destin qui aura été celui de Conan Doyle.

Doyle justifie la guerre des Boers

En octobre 1899, la guerre est déclarée en Afrique du sud entre les républiques africaines d’Orange et la Grande-Bretagne. Engagé, Arthur Conan Doyle dirige un hôpital à Bloemfontein, capitale de l’Etat d’Orange. Il y rencontre un jeune journaliste de vingt cinq ans et correspondant de guerre, Winston Churchill, futur initié franc-maçon l’année suivante en 1901. 

La conduite du Royaume-Uni pendant la seconde guerre des Boers a été condamnée dans le monde entier ; Conan Doyle écrit alors une Histoire de la Guerre des Boers, puis en 1902 un court pamphlet intitulé, La Guerre en Afrique du Sud : sa cause et sa conduite, justifiant le rôle de son pays dans cette guerre et qui tente de rétablir la vérité sur les maltraitances dont on accuse les Anglais envers les Boers. Cette prise de position lui vaudra son anoblissement par la reine en 1902, avec le titre de Chevalier (Knight of Grace of the Order of St-John of Jerusalem). Désormais il sera Sir Arthur Conan Doyle. 

Repère dates

1859 : naissance à Edimbourg

1881 : obtient son diplôme en médecine et chirurgie. Spiritisme

1885 : se marie avec Louise Hawkins

1887 : initiation à la Phoenix Lodge de Portsmouth et parution de « Une étude en rouge », première apparition de Sherlock Holmes

1899 : Seconde guerre des Boers

1902 : Parution de « Le chien des Baskerville »

1906 : s’implique dans l’affaire George Edalji

1908 : s’implique dans l’affaire Oscar Slater

1909 : Pamphlet contre les crimes commis au Congo

1911 : quitte la franc-maçonnerie

1912 : parution de « Le monde perdu », avec le professeur Challenger

1930 : décède à Crowborough

Sherlock Holmes l’envahisseur

Malgré le succès, Doyle considéra toujours Sherlock Holmes comme une partie mineure de son œuvre, une littérature alimentaire, à laquelle il préférait ses essais, ses ouvrages sur le spiritisme, ses épopées historiques sur la période napoléonienne ou ses écrits sur la défense des intérêts britanniques. Arthur Conan Doyle finit par trouver Sherlock Holmes envahissant. Il a d’autres projets, notamment politiques. Avec Le Dernier problème, il clôt les Mémoires de Sherlock Holmes (1892-1893), et liquide son héros qui disparaît dans les chutes de Reichenbach, un paysage grandiose, entraîné par le professeur Moriarty. Malgré les protestations du public, Doyle reste inébranlable.

Article écrit par Michel Mamine pour https://www.fm-mag.com

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