Benjamin Franklin, autodidacte curieux, signe une personnalité hors du commun. Parti de rien, initié à l’imprimerie par son frère aîné, ses travaux sur l’électricité et ses recherches incessantes le conduiront à l’invention du paratonnerre. Mais plus encore, grâce à ses talents de diplomate, il reste l’un des acteurs majeurs de l’indépendance américaine. Admiré de La Fayette, et de Condorcet Benjamin Franklin, homme de génie, insuffle en cette fin de XVIIIème siècle, un irrésistible goût pour la liberté.

Que de chemin parcouru pour le jeune Benjamin Franklin lorsqu’en février 1731, il est initié à la loge Saint-Jean de Philadelphie. Un an plus tard, en mai 1732, il publie les Constitutions of Free Masons d’Anderson (Constitutions d’Anderson), qui constituent le premier livre maçonnique édité en Amérique. Le 24 juin de cette même année il devient vénérable de sa loge, puis est nommé secrétaire provincial et le 10 juin 1749 Grand Maître de la Province. Il joue par ailleurs un rôle très actif dans la construction du premier temple maçonnique. Un engagement qui ira de pair avec la double ambition qu’il nourrira pour son pays : l’accès à l’indépendance, et l’éducation du peuple. Homme d’influence, c’est pourtant en tant qu’apprenti qu’il démarre dans la vie.

Les débuts dans l’imprimerie

Né le 17 janvier 1706, à Boston, en Pennsylvanie, Benjamin Franklin révèle un tempérament curieux, mais issu d’un milieu modeste, l’accès aux études lui sera fermé. C’est son frère aîné James, qui va lui apprendre toutes les ficelles du métier d’imprimeur, lui permettant de créer sa propre entreprise transformée quelques années plus tard en maison d’édition. Franklin n’aime pas les préjugés et est doté d’un certain humour. Eduquer ses concitoyens devient l’une de ses priorités. Il publie un hebdomadaire The Pennsylvania Gazette (La gazette de Pennsylvanie), qui grâce à ses talents de journaliste, et son sens du commerce atteindra le plus fort tirage américain. Ensuite et surtout, il crée un almanach que ses chroniques, sous le pseudonyme de Richard Saunders, rendront célèbre sous le nom de Poor Richard’s Almanack (L’almanach du pauvre Richard). Destiné aux classes travailleuses, qui n’ont le loisir de connaitre d’autres lectures, l’almanach de Benjamin Franklin est truffé de préceptes et conseils pour la vie de tous les jours.

Un génial inventeur au service de tous

Loin de s’en tenir à ses activités d’imprimeur, Benjamin Franklin n’a de cesse d’améliorer le quotidien de ses concitoyens. Plus encore, selon lui, l’instruction doit être accessible à tous, quel que soit son rang social. Il met ainsi en place la première bibliothèque publique du pays, crée la première compagnie de pompiers américaine, intervient dans l’amélioration de la police locale, dans la construction d’un hôpital public et d’une université qui deviendra l’Université de Pennsylvanie. Il invente un poêle améliorant le chauffage et réduisant le risque de feu à Philadelphie ! Il fonde par ailleurs la Junte, groupe de discussion se réunissant toutes les semaines pour débattre de sujets philosophiques. 

Curieux et autodidacte dans l’âme, Benjamin Franklin entreprend des travaux sur l’électricité. Il postulait que la lumière était le produit de l’électricité et qu’elle pouvait être tirée des nuages. Pour prouver cette hypothèse, Benjamin plaça des tiges pointées vers le haut constituant un chemin facile pour le courant électrique. Elles lui donnèrent l’idée du paratonnerre qui, en canalisant l’électricité, permit de protéger l’habitation des gens. Benjamin Franklin finit par être reconnu et considéré comme un savant. Cet autodidacte de génie est nommé membre « honoris causa » des Universités de Harvard, de Yale, et de William et Mary, tandis qu’en Angleterre, où ses travaux ont longtemps été négligés, la prestigieuse « Royal Society » de Londres lui attribue la médaille Copley.

Echec d’une conciliation avec la couronne d’Angleterre 

Benjamin Franklin est maintenant adulé dans toute l’Europe. Fin diplomate il entretient de bonnes relations avec la couronne d’Angleterre, et malgré les premières velléités d’indépendance de provinces américaines, dès les années 1730, il est plus favorable à un projet de Confédération plus que de séparation pure et simple.

Mais l’illusion d’un accord s’érodera au cours des onze années de son second séjour anglais (1764-1775). Envoyé cette fois comme ambassadeur de la Pennsylvanie, mais aussi du Massachusetts, du New Jersey et de la Géorgie son mandat s’étend, progressivement, à la question beaucoup plus large du droit de la métropole de lever des impôts sur les sujets d’outre-mer. Mais sa volonté de conciliation se heurte à nouveau à une fin de non recevoir. Rendu responsable de la révolte qui s’empare de la Virginie et de la Nouvelle Angleterre, il est humilié publiquement par le Conseil privé de la Couronne.

Destitué quelques jours plus tard de sa charge de Directeur des Postes alors qu’il avait modernisé le système de distribution désormais efficace, il regagne, meurtri, l’Amérique insurgée et… épouse la cause de l’indépendance.

La Déclaration d’indépendance et l’alliance avec la France

Moins d’un an après ces événements, on le retrouve en effet, avec John Adams, comme membre du Comité qui, aux côtés de Thomas Jefferson, rédige la Déclaration d’Indépendance. Le quatre juillet 1776, celle-ci est votée par le Second Congrès Continental. La guerre avec l’Angleterre ne peut plus être évitée. Il faut donc réunir des appuis et de l’argent. Benjamin Franklin est choisi pour cette tâche et envoyé à Paris, dans le pays qui était alors le plus riche et le plus puissant d’Europe.

Ce n’est pas une mission facile. Les français avaient eu quelques ambitions territoriales sur l’Amérique du Nord, mais chassés de la vallée de l’Ohio reliant le Canada à la Louisiane, ils avaient dû se résoudre à signer le traité de Paris (en 1763) mettant un terme à leurs prétentions, enterrant ainsi la hache de guerre avec l’Angleterre. 

Lorsqu’il arrive à Paris en 1776, Benjamin Franklin a 70 ans. Il saura user de tous ses talents pour se faire l’allié d’une société française en pleine ébullition intellectuelle, au cœur du siècle des lumières.

Il est logé par un homme d’affaires, Le Ray de Chaumont, dans les communs de son hôtel du Valentinois, à Passy. Il y installera notamment une imprimerie et un laboratoire qui lui permettront de poursuivre ses expériences et de fasciner ses visiteurs.

Apprécié de la société française

Homme affable, Benjamin Franklin est introduit dans les milieux intellectuels de l’époque. A Paris, il fréquente les Choiseul et les Montmorency, les Broglie et les La Rochefoucauld. Eternel charmeur, on ne cesse dans les salons de commenter son goût prononcé pour les femmes. Il se fait, par ailleurs, affilier à la plus prestigieuse des Loges de ce temps-là, Les Neuf Sœurs, fondée en 1776 selon le vœu d’Helvétius, loge qui se référait aux Muses – les neufs sœurs du Parnasse – parce qu’elle se voulait vouée à « la culture des sciences, des lettres et des arts ». Il en deviendra, trois ans durant, jusqu’en 1790, le Vénérable, après l’astronome Lalande, et c’est appuyé sur son bras que Voltaire – à 84 ans ! – est initié, le 7 avril 1778, moins de deux mois avant sa mort (le 30 mai).

On apprécie son travail de diplomate, en le voyant même assister assidûment aux séances de l’Académie royale des sciences dont il avait été élu membre correspondant. Habile négociateur, d’aucuns diront manipulateur, il parvient à surmonter les préventions de Louis XVI en s’appuyant sur le Comte de Vergennes, son Ministre des Affaires Etrangères qu’il a su gagner à sa cause et qui signe avec lui, le 8 février 1778, les deux traités d’alliance franco-américain. La France s’engage à soutenir les Etats-Unis jusqu’à une complète indépendance, les deux parties se promettant de ne pas signer de paix séparée avec la Grande-Bretagne. 

Le retour aux Etats-Unis

Sa mission accomplie, Benjamin Franklin, regagne les Etats-Unis. « Quand il quitta Passy – raconte son collègue Jefferson – ce fut comme si le village avait perdu son Patriarche. En prenant congé de la cour, ce qu’il fît par correspondance, le roi lui adressa ses compliments chaleureux et mit à sa disposition une litière tirée par ses propres mules, le seul moyen de transport que pouvait supporter son état… ».  Franklin était alors sujet à des crises de goutte qui le faisaient terriblement souffrir.

Benjamin Franklin meurt à Philadelphie le 17 avril 1790, à l’âge de 84 ans en rédigeant un texte contre l’esclavage. 

A sa mort, dans une France qui ressent déjà les prémices de la révolte, il laisse les amoureux de la liberté en deuil. Condorcet, ami et admirateur de Benjamin Franklin dira : « sa politique était celle d’un homme qui croit au pouvoir de la raison et de la vertu, et qui avait voulu se rendre l’instituteur de ses concitoyens, avant d’être appelé à en être le législateur ».

Article écrit par Jean-Marc Moheau pour https://www.fm-mag.fr

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