L’engagement en politique
Né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges, Jules Ferry révélera lors de son initiation maçonnique que le nom de Ferry est une contraction de Frédéric, très usitée dans le patois vosgien. Monté à Paris pour faire son droit, il professait déjà les idées transmises par son père, avocat, libéral et agnostique, qu’il admirait, partageant sa ferveur pour Auguste Comte, qui avait rejeté les causes transcendantes pour s’en tenir aux phénomènes. D’ailleurs, il considérait la formule du philosophe : Ordre et Progrès, comme la clef de l’avenir. Et s’il avait demandé à être initié, c’était pour mettre en accord ses actes et sa pensée.

L’engagement en politique
Né le 5 avril 1832 à Saint-Dié, dans les Vosges, Jules Ferry révélera lors de son initiation maçonnique que le nom de Ferry est une contraction de Frédéric, très usitée dans le patois vosgien. 
Monté à Paris pour faire son droit, il professait déjà les idées transmises par son père, avocat, libéral et agnostique, qu’il admirait, partageant sa ferveur pour Auguste Comte, qui avait rejeté les causes transcendantes pour s’en tenir aux phénomènes. D’ailleurs, il considérait la formule du philosophe : Ordre et Progrès, comme la clef de l’avenir. Et s’il avait demandé à être initié, c’était pour mettre en accord ses actes et sa pensée.
Nul n’ignorait d’autre part ses activités de journaliste. On avait suivi avec délectation, dans Le Temps (1865), sa polémique avec le Préfet de Paris, le Baron Haussmann, dénonçant ses dépenses exorbitantes dans des pamphlets qu’il avait intitulés, par référence aux Contes d’Hoffmann, « Les Comptes fantastiques d’Haussmann » (1868).
Ce titre assassin lui avait valu quelques déboires avec le régime impérial, mais lui avait aussi permis d’entrer en politique en se faisant élire, l’année suivante, député de la 6e circonscription de la Seine sous l’étiquette « républicain modéré ». Dans sa déclaration de candidature il réclamait : « L’entière liberté de la presse, l’entière liberté de réunion, l’entière liberté d’enseignement, l’entière liberté d’association. » Mais il précisait aussitôt : « La France n’aura pas de liberté tant qu’il existera un clergé d’Etat, une Eglise ou des Eglises officielles : l’alliance de l’Etat et de l’Eglise n’est bonne ni à l’Etat ni à l’Eglise, et tend à faire dégénérer les questions politiques en questions religieuses. »
Après la capitulation de Sedan où les prussiens avaient capturé l’Empereur, il avait proclamé la République le 4 septembre 1870, aux côtés de Gambetta, à l’Hôtel de Ville de Paris, devant une foule en liesse. Il sera tour à tour nommé ministre du gouvernement de la Défense nationale, Maire de Paris, Préfet de la Seine. Il démissionnera de ce dernier poste pour se présenter aux élections législatives chez lui, dans les Vosges, et il y avait été confortablement élu le 8 février 1871.
Précisons ici que Jules Ferry n’a jamais été membre de la Loge « La Clémente Amitié ». La Chaîne d’Union (revue du Grand Orient de France) explique, dans son no 8 de 1875, qu’en réalité c’est à la loge « Alsace-Lorraine » qu’il se présentait.
Et l’on comprend que l’élu vosgien ait choisi celle qui portait le nom de ces malheureux départements que l’Empereur germanique Guillaume 1er, et Bismarck, son chancelier, avaient annexés lors du Traité de Francfort du 10 mai 1871. « Mais comme cette Loge est actuellement en vacances, la Clémente Amitié lui avait fraternellement offert ses bons offices et s’était chargée de recevoir en son nom et pour son compte, la recrue qui venait renforcer la patriotique cohorte des Alsaciens-Lorrains. » C’est d’ailleurs la loge Alsace-Lorraine qui lui conférera les grades de Compagnon et de Maître le 22 juin 1876. Ainsi, lors de son second discours devant « La Clémente Amitié », il était Maître de fraîche date.

Contre la morale théologique

Les deux discours que professent Ferry, le nouvel initié, éclairent l’action du futur Ministre de l’Instruction publique. En fait, Ferry conduit devant les Frères une sorte de méditation sur le progrès social et la morale qui doit le soutenir.

Proclamant, dès le début, « Morale théologique, morale positive, il faut choisir », il oppose ensuite ces deux termes. « Le principe de la morale théologique — explique-t-il — c’est qu’il n’y a pas de morale sans sanction, sans des peines ou des récompenses dans ce monde ou du moins dans l’autre ». Or, les dogmes sur lesquels se fonde cette morale sont désormais désuets. Puis il assène : « Et comme pratique, qu’est-ce que la morale théologique a trouvé pour une société libre et laborieuse comme la nôtre? Que prêche-t-elle? Une seule chose, la résignation. […] Elle est [donc] incompatible avec une société fondée sur l’égalité et sur la liberté ».

Puis il en vient à la morale positive : « J’affirme donc que le développement de la sociabilité est  […] est une faculté immanente, inhérente à l’espèce humaine, à l’organisation humaine. Mais cette faculté, son développement n’est point indépendant de la science sociale, il importe beaucoup que l’homme se connaisse lui-même dans son passé, dans son histoire.

 Or, « quelle est la plus difficile à réduire des inégalités naturelles? N’est-ce pas l’ignorance? » Aussi, afin que « l’idéal de l’homme s’élève, se raffine, semble s’élargir, [et qu’il ait] la foi dans la continuité, dans la perfectibilité de l’espèce humaine », il faut mettre en œuvre ce précepte : « Instruisez-vous, instruisez les autres… toute la morale sociale est là. » C’est pourquoi : « La principale source de la morale sera dans l’essor direct, stimulé dès l’âge le plus tendre, du sentiment social… »

La ligne éducative du futur Ministre est tracée. Il la mettra en œuvre quand, à la suite de la démission du Président Mac-Mahon remplacé par le républicain Jules Grévy, il sera nommé Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts, le 4 février 1879, puis deviendra président du Conseil en conservant le portefeuille de l’Instruction publique, jusqu’au 20 novembre 1883.

La lettre aux instituteurs

Après ces presque cinq ans à la tête de « son » Ministère, il adresse, le 17 novembre 1883, sa fameuse Lettre aux Instituteurs qui manifeste les liens entre le franc-maçon et l’éducateur. Cette circulaire expose « le caractère et l’objet de ce nouvel enseignement [qu’est] l’éducation morale et l’instruction civique » mis en place par la loi du 28 mars 1882 relative à l’obligation et à la laïcité de l’enseignement primaire dont le but est d’arracher les jeunes esprits à l’asservissement des dogmes et de les former à la réflexion personnelle et à la responsabilité. Le législateur explique : « Ce que vous allez communiquer à l’enfant, ce n’est pas votre propre sagesse ; c’est la sagesse du genre humain, c’est une de ces idées d’ordre universel que plusieurs siècles de civilisation ont fait entrer dans le patrimoine de l’humanité. » On ne saurait mieux évoquer la Tradition, fondement culturel de la franc-maçonnerie.

Et il préconise, comme pédagogie, « ces causeries familières dans la forme, substantielles au fond, ces explications à la suite des lectures et des leçons diverses, ces mille prétextes que vous offrent la classe et la vie de tous les jours pour exercer le sens moral de l’enfant ». Cette recommandation n’est pas sans rappeler les discussions en Loge dont les buts et modalités sont semblables. Quant à la portée de cette action, il explique qu’« il y a dans chaque instituteur, dans chaque institutrice, un auxiliaire naturel du progrès moral et social, une personne dont l’influence ne peut manquer, en quelque sorte, d’élever autour d’elle le niveau des mœurs. » Comment ne pas penser au devoir du franc-maçon qui est de porter à l’extérieur la Lumière qu’il a reçue à l’intérieur du Temple ?

L’oeuvre de Ferry dans le temps

On connaît son œuvre législative et la ténacité avec laquelle il la mena à bien. On aurait pu ajouter à la liste de ses réalisations, les deux décrets de 29 mars 1880 ordonnant aux Jésuites de quitter l’enseignement dans les trois mois. 

Cette conception patriotique et républicaine explique autant son action dans le domaine éducatif que sa politique d’expansion coloniale en Tunisie, au Congo, à Madagascar ou au Tonkin. C’est d’ailleurs une fausse nouvelle en provenance du Tonkin, le soi-disant désastre de Lang Son, qui causera sa chute politique. Jusqu’à sa mort, due à une crise cardiaque le 17 mars 1893 alors qu’il venait à peine d’être élu Président du Sénat, il sera victime d’une constante hostilité de l’opinion.

Mais durant plus d’un demi-siècle, la pédagogie qu’il aura inspirée se poursuivra, grâce au roman Le Tour de la France par deux enfants signé de « G. Bruno, lauréat de l’Académie française, auteur de Francinet », à la Librairie classique Eugène Belin en 1877. Sous ce pseudonyme, Augustine Fouillée, femme du philosophe Alfred Fouillée, racontait l’histoire de deux frères, André (14 ans) et Julien (7 ans), orphelins lorrains qui, à l’automne 1871, réussissent à franchir clandestinement la frontière allemande coupant l’Alsace-Lorraine de la France, pour rejoindre leur seul parent vivant : un oncle exilé à Marseille. Ils parcourent ainsi la France, faisant partager au lecteur leur découverte d’une France qui, finalement, est leur véritable mère. Roman patriotique mêlant pédagogie, éthique et patrie, « au carrefour disciplinaire de la lecture, de l’instruction civique, de l’histoire, de la géographie et des leçons de choses » – explique X. Darcos –, ouvrage qui deviendra « le livre de l’Ecole républicaine ».

Et c’est aussi là l’un des enseignements de la maçonnerie : l’histoire a besoin des mythes…

Une initiation remarquée

En cette soirée du 8 juillet 1875, il y avait foule dans le grand Temple du Grand Orient de France, rue Cadet. Le Tout-Paris maçonnique s’y était donné rendez-vous à l’invitation du Vénérable de la Loge « La Clémente Amitié » pour l’initiation de Jules Ferry. Conseil de l’Ordre, Suprême Conseil des ministres et députés maçon (tel que Gambetta, Crémieux, Rochefort,…)

L’affluence était telle que le Temple débordait et que beaucoup, relégués à l’extérieur, sur les parvis, devaient tendre l’oreille. Il y avait même des profanes qui s’étaient infiltrés, pour ne rien perdre de l’événement. Car il était d’importance : Jules Ferry allait être initié en même temps que le fameux Littré, Académicien et inventeur de l’encyclopédie du même nom.

Repère dates

1832 : naissance à Saint Dié, dans les Vosges

1851 : commence son droit à Paris

1854 : devient secrétaire de la conférence des avocats, lui donne l’occasion d’énoncer ses idées politiques

1868 : parution de Les comptes fantastiques d’Haussmann

1869 : élu député de la 6ème circonscription de la Seine

1870 : discours à l’Assemblée sur l’enseignement et « le problème de l’éducation du peuple »

Maire de Paris

1871 : élu député des Vosges

1875 : adhésion à la franc-maçonnerie. Il épouse civilement Eugénie Risler, petite-fille de Charles Kestner, un riche industriel alsacien et protestant

1879 : devient ministre de l’instruction publique. Ensemble de lois visant la laïcisation de l’enseignement

1882 : l’école devient obligatoire et laïque

1890 : parution de Le Tonkin et la Mère-Patrie, défendant sa politique colonialiste

1891 : entrée au Sénat

1893 : décède d’une crise cardiaque, à Paris

Article publié dans Franc Maçonnerie Magazine par Jean-François Maury.

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