En 2012 nous avons fêté les 220 ans de la Marseillaise. Cet hymne qui fit le tour du monde est né à Strasbourg en 1792.

À l’origine c’est une commande du maire de Strasbourg Philippe Frédéric de Dietrich au capitaine du génie Claude-Joseph Rouget de l’Isle lorsqu’il apprend que la France entre en guerre contre l’Empereur d‘Autriche. Il souhaite un hymne plus martial que les chants révolutionnaires alors en vogue, dont notamment le « Ça ira », pour représenter plus dignement la nation française et galvaniser les volontaires.

Lorsque nous étudions la genèse de la Marseillaise, nous découvrons qu’elle prend naissance au sein d’un groupe de francs-maçons révolutionnaires favorables à l’établissement d’une monarchie constitutionnelle ayant à leur tête Philippe Frédéric de Dietrich. En effet, celui-ci est un feuillant qui fut membre de la loge strasbourgeoise la Candeur et de l’Ordre des Illuminaten. Son compositeur qui partage les mêmes idées politiques que de Dietrich fut membre de la loge Les Frères Discrets de Charleville. Enfin de nombreux proches du maire qui fréquentent alors son salon sont pour la plupart également des feuillants ayant appartenu à des ateliers strasbourgeois.

Par ailleurs, lorsque de Dietrich demande le 25 avril 1792 à Rouget de l’Isle de créer un nouveau chant révolutionnaire il n’est pas un inconnu pour le maire. En effet, il fréquente assidûment son salon depuis son affectation à Strasbourg en mai 1791 . Et il a déjà écrit à sa demande un « Hymne à la liberté » mis en musique par le célèbre Ignace Pleyel. Cet hymne est joué pour la première fois en public lors de la fête de la Constitution sur la place d’Armes le 25 septembre 1791.

Rouget de l’Isle se met immédiatement au travail. Et le lendemain soir il présente au maire de Dietrich dans ses salons son chant patriotique intitulé « Chant de guerre pour l’Armée du Rhin » et dédié au maréchal N. Luckner alors commandant en chef de ladite armée. Signalons que contrairement à une légende tenace véhiculée notamment par un tableau du peintre Isidore Pils daté de 1849 ce n’est pas Rouget de l’Isle qui la chante ce jour-là, mais son hôte de Dietrich accompagné au clavecin par son épouse Sybille de Dietrich (née Ochs) . Puis cet hymne décrit par cette dernière dans un courrier envoyé à son frère Peter Ochs  comme « du Gluck en mieux, plus vif et plus alerte »  est joué trois jours plus tard en public sur la place d’Armes par La Garde nationale.

L’imprimeur strasbourgeois P. J. Dannbach en publie les paroles et la musique en mai 1792. 

La Marseillaise connaît ensuite le succès. Elle est reprise comme chant de marche par les Fédérés marseillais qui montent à Paris en juillet 1792. Elle est décrétée chant national le 14 juillet 1795. Mais à partir du Consulat elle passe de mode. Il est vrai que le Premier Consul n’aimait pas la Marseillaise. Le Chant du départ, la Marche consulaire et Veillons au salut de l’Empire la remplacent alors comme chants quasi officiels sous le 1er Empire. Elle connaît donc à partir de cette période une certaine éclipse en tant que chant officiel. Et ce n’est qu’avec l’arrivée au pouvoir des républicains dits « opportunistes » et sur proposition de Léon Gambetta qu’elle devient définitivement l’hymne national de la France en 1879.

Pour conclure sur sa genèse nous constatons que la Marseillaise ne porte chance ni à ses fondateurs, ni au maréchal Luckner, ni même à l’Armée du Rhin : le maire de Dietrich est guillotiné à Paris sur la Place de la Révolution le 29 décembre 1792. Signalons qu’il y fut poussé notamment par d’autres Enfants de la Veuve locaux, dont J. B. Scherer et l’accusateur public Euloge Schneider. Rouget de l’Isle est destitué de son poste de commandement à la forteresse d’Huningue en août 1792 et incarcéré en 1793. Il échappe néanmoins au « Rasoir National » et est réintégré dans l’armée après Thermidor. Il participe avec Bonaparte à la défense de la Convention le 13 Vendémiaire puis abandonne la carrière des armes quelque temps plus tard et connaît par la suite la misère . Il doit attendre l’avènement de la Monarchie de juillet pour que lui soient octroyées une pension et la Légion d’honneur . Le maréchal N. Luckner passe sous « la Veuve Egalité » le 3 janvier 1794 .

Enfin l’Armée du Rhin voit le titre de cet hymne qui lui est dédicacé être remplacé par celui de la Marseillaise dès juillet 1792. Par ailleurs, cette armée qui conserve par la suite « le pur esprit républicain de l’An II » effraye le Premier Consul qui décide de la dissoudre en 1801. Et après la paix d’Amiens, il envoie son élite combattre Toussaint-Louverture et ses troupes à Saint-Domingue.

Article écrit par Éric Burst pour www.fm-mag.fr

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