Sous l’appellation « peinture maçonnique », deux notions prévalent : la représentation d’un Maçon dans tous ses décors ou celle, symbolique, d’un thème spécifique à la franc-maçonnerie. Mais qui sont ces peintres et suffit-il d’une équerre ou d’un compas pour qu’une toile soit qualifiée de « maçonnique »?

La peinture est un cas à part dans les arts : il y a peu de perméabilité entre l’œuvre d’un artiste et son parcours initiatique. Depuis le XVIIIe siècle, la plupart des peintres célèbres qui ont été francs-maçons n’ont pas laissé deviner leur appartenance à travers leurs tableaux : Jean-Baptiste Greuze, Hubert Robert, Jean-Antoine Houdon, les Vernet, etc. Les œuvres considérées ostensiblement comme maçonniques, répondent le plus souvent à des commandes de loges pour honorer un de leurs membres ou commémorer un évènement et ne sont pas toujours revendiquées.  Et ce… jusqu’à nos jours !

C’est peut-être ce qui a incité l’Institut Maçonnique de France à lancer, lors du 10e Salon maçonnique du livre, en novembre 2012, deux initiatives : un concours de peinture sur le thème « symbolique maçonnique » et un de poésie. Le but de cette manifestation était de montrer que les symboles de la franc-maçonnerie sont intemporels, riches et ancrés dans la modernité, ce vaste mouvement étant propre à réhabiliter l’imaginaire contemporain de la Maçonnerie. Parmi les vingt œuvres sur soixante reçues pour ce concours, à même de devenir pérenne, c’est «  Le Fil à plomb »  de François Ventre qui a été primé. Avant qu’il n’entre au musée où se constituerait un fonds de peinture contemporaine, nous avons voulu en savoir un peu plus sur le lauréat 2012. 

En préambule, ce membre de la Grande Loge Mixte de France a rendu hommage aux organisateurs, notamment Roger Dachez et Alain-Jacques Lacot, de cette première occasion d’exposer à un public « extérieur », dans une sélection thématique, l’art maitrisé des francs-maçons… Son parcours maçonnique, François Ventre le qualifie de « classique » et estime que, sans dévoiler les rituels, le but d’un franc-maçon est de porter son action dans la cité. Bien que révélé, à 16 ans, «  premier talent de peinture en Aquitaine » et ayant fait l’école des Beaux-arts en section architecture, par choix, il ne vivra pas de son art tant « maçonnique » que « profane » (qu’il signe du pseudonyme Raphaël Gregori, le nom de son grand-père). Aujourd’hui, il travaille sur la prévention, la protection des « compagnons » sur les chantiers et au-delà d’un loisir, il considère la peinture comme une vocation, une tâche régulière. Avant de commencer un tableau, il fait des carnets de croquis, « rêve et met de la poésie dans sa création qui a toujours quelque chose à dire ». Il  recherche « cette écriture inconsciente qui va réécrire les éléments ».  Ainsi  « Le fil à plomb » sera la synthèse de son apprentissage, de ce que lui a enseigné le Second Surveillant (dont la « perpendiculaire » est l’attribut), « agrémentée de sa vision personnelle en proie à une mutation permanente ». Par le biais de recherches, de notes sur le symbolisme, par les planches, l’artiste a transformé la verticalité d’un fil à plomb… en trois axes de couleurs !  Il confie « qu’il apprend tout le temps sur une matière qui vit : il y a une part de hasard dans l’écriture », et  ajoute : « vous savez, comme disait Pablo Picasso : Des peintres représentent le soleil en une tache jaune. D’autres transforment une tache jaune en soleil…»

Cette réalisation, révélatrice d’un art maçonnique du XXIe siècle, sera-t-elle le « détonateur » d’autres projets pour François Ventre ? Espérons ! 

Poésie et peinture

«… Le poète et le peintre se rejoignent pour réinventer un monde meilleur… Nous pouvons avec le peintre et le poète espérer que les fruits de l’arbre de la connaissance, même s’ils n’ont pas tous le même goût, dispensent la même énergie vitale…» (P.H. Morbach,«  Armand Nakache… », dans Phréatique : langage et création, n° 83, 1997).

Les 20 (+ 1 !) poèmes du concours de poésie maçonnique ont été édités dans une brochure Poïesis. Petite anthologie de poèmes maçonniques, Paris : IMF, Conform éd., 2012. C’est Jacques Fontaine, inspiré par les Calligrammes de Guillaume Apollinaire, qui a été proclamé lauréat pour son poème « Au visa du Frère ».

Article écrit par Dominique Morrillon pour FM-Mag

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