C’est le titre de l’ouvrage qui vient de paraître, aux éditions Dervy, et qui va faire date : il y aura un avant et après ce (très) beau livre de Jean-Claude Momal. En effet, jusqu’à présent, des catalogues d’exposition notamment ceux de Montluçon en 1990 : Faïences du 18e siècle à décor maçonnique ou de Nevers en 2000 : Franc-maçonnerie et faïences, compilaient des pièces exceptionnelles dans un descriptif déjà précieux, mais sans en analyser la spécificité maçonnique et leur origine rituélique.

La faïence, technique inventée dans la ville italienne de Faenza, se répandit rapidement en France, grâce à des artistes italiens, vers Lyon, Nevers, Moustiers, Rouen et Marseille et connut son apogée au Siècle des Lumières. Mais comment ce domaine peu exploré retint-il l’attention de Jean-Claude Momal ? Il nous le raconte…

Dans les années 70, entre l’école de ses enfants et la banque où il travaillait, il passait devant la vitrine d’un antiquaire. Un jour, une pièce surprenante attisa sa curiosité : une assiette au décor d’une équerre et d’un compas avec une série de mystérieuses lettres suivies de trois points. Il en fit l’acquisition. Pour la petite (et triste) histoire, cette assiette lui sera dérobée le 14 juillet 1993 à son domicile (la photo se trouve à la page 71…). Ce n’est que plusieurs années plus tard, qu’au fil du temps, il en comprendra le sens.

Après être allé en confidences avec un franc-maçon, initié en Russie avant la révolution qui avait rejoint la Loge Étoile du Nord du Grand Orient de France, Jean-Claude Momal choisit d’être initié en 1976 à la franc-maçonnerie… et à la faïence ! Il garde encore en mémoire le conseil d’un des amis de son grand-père qui lui avait dit : « Mon jeune ami, dans l’existence il faut être le spécialiste de quelque chose, mais d’une chose que l’on soit le seul à savoir ! ». 

C’est ainsi que « l’un des meilleurs connaisseurs des faïences maçonniques », comme le dit Roger Dachez dans sa préface, nous propose de partager aujourd’hui son expérience et ses connaissances nourries de quarante années de recherches. À travers cet « inventaire », quasi exhaustif de cette période d’excellence qu’est le XVIIIe siècle — celui qui vit naître l’Écossisme en France et où vont s’exprimer des artistes au sommet de leur art —, on en découvre tout le faste et l’ingéniosité.

En témoigne l’impressionnante production iconographique des grades multiples et variés de la Maçonnerie française de cette époque. Ainsi trois plats réalisés sur fond jaune par Fauchier sont les copies, en tout point conformes, mais partagées en trois séquences, du tableau de loge du Chevalier du Soleil, représenté dans l’Atlas Loiven (Bibl. du Grand Orient des Pays-Bas, à la Haye).

C’est une véritable découverte que d’avoir pu réunir le tableau et les plats qui connaîtront bien des aléas et péripéties (cassure, multiples propriétaires, etc.) avant de se retrouver, un au Musée de la céramique à Sèvres et les deux autres au musée de la franc-maçonnerie à Paris. Jean-Claude Momal y est conseiller, est-ce un hasard si ce musée n’a pas d’équivalent en nombre de faïences françaises du XVIIIe siècle à décor maçonnique ? On en recense soixante pour ce dernier, quatre pour Sèvres…

À travers ce livre de 240 pages et 189 illustrations, c’est un véritable tour de France qui s’opère, où aucune région n’est négligée, nous offrant de très belles photos de la richesse de plus de vingt musées français ou étrangers, de pièces inédites conservées dans les collections particulières, avec un texte qui ne manquera pas de susciter l’intérêt et la curiosité de tous les lecteurs, avertis ou non. 

Article écrit par Dominique Morillon pour www.fm-mag.fr

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