Voltaire fut initié dans la loge Les Neuf Sœurs à Paris, le 7 avril 1778, moins de deux mois avant sa mort survenue le 30 mai. C’est l’astronome Jérôme de Lalande, alors directeur de l’Observatoire de Paris, qui procéda comme vénérable de la Loge à l’initiation du philosophe. 

En ce jour du 7 avril 1778, Voltaire est déjà très affaibli, il se déplace difficilement, et son entrée dans le Temple de la loge devra requérir l’aide de deux frères, dont l’un, bien connu est le physicien Benjamin Franklin. Considérant son état, il est dispensé des épreuves vécues lors de l’initiation, notamment celle du passage sous le bandeau.

L’évènement est à la hauteur du prestige de Voltaire et scelle en quelque sorte l’union du courant de pensée et d’émancipation des lumières avec la franc-maçonnerie. La symbolique est donc très forte, et d’échos en échos, la nouvelle se propagera dans les milieux intellectuels et mondains de toute l’Europe. Jusqu’à Vienne, où la revue Für Freymaurer y consacre un large compte-rendu. 

Les archives de la loge les Neufs Sœurs, loge créée en 1776 et dont la vocation est d’œuvrer à la culture des sciences, des lettres et des arts relatent l’évènement de la manière suivante :

« Le F. abbé Cordier de Saint-Firmin a annoncé à la loge qu’il avait la faveur de présenter, pour être reçu apprenti maçon, M. de Voltaire. Il a dit qu’une assemblée aussi littéraire que maçonnique devait être flattée du désir que témoignait l’homme le plus célèbre de la France, et qu’elle aurait infailliblement égard, dans cette réception, au grand âge et à la faible santé de cet illustre néophyte. »

De la légende au réel

Lors de la cérémonie de réception, Voltaire reçut en cadeau le tablier que portait le philosophe Helvétius, l’un des créateurs de la loge Les Neuf Sœurs et décédé en 1771. La légende raconte, que pris d’émotion, il le porta à ses lèvres. Mais c’est une légende… De toute évidence, Voltaire n’aura certainement plus l’occasion de ceindre ce tablier, puisqu’il décède peu de temps après. 

D’emblée il faut rectifier le fait que le tablier dit de Voltaire et présenté ici n’a pu être celui porté par Helvétius. L’analyse des éléments y figurant révèle en effet une pièce datant du début du XIXème siècle, et créée par la Maison Guérin.*

C’est un tablier du Rite Français en impression couleur sur soie avec une petite ganse (bordure) bleue et une bavette densément décorée. Il reproduit abondamment des thèmes récurrents de la fin du XVIIIème siècle et du début du XIXème siècle : le modèle du temple à l’antique dans un cadre extérieur au bout d’une perspective orientée avec des cyprès, l’évocation du caractère éphémère des civilisations (les colonnes ruinées), l’insistance autour de certains outils qui révèlent des positions d’officiers ou qui rappellent la dramaturgie hiramite, l’ourobouros autour du globe. 

Parmi les symboles présentant un intérêt et caractéristiques de leur époque, relevons la présence d’une ruche sur la bavette et d’une pyramide et de palmiers, en référence à  l’engouement suscité par le monde antique, au retour de Napoléon 1er, de sa campagne d’Egypte. Notons également que le soleil est au nord et la lune au sud, la position des luminaires étant alors indifférente. Enfin, la présence de l’étoile au G est, elle aussi, alors liée au 3e degré et ne sera clairement attachée au grade de Compagnon que bien plus tard. 

Ce tablier, en définitive, est un résumé iconographique et une façon de réviser bien des croyances attachées à la symbolique maçonnique.

Article écrit par Ludovic Marcos pour
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