Compositeur hors normes, Wolfgang Amadeus Mozart n’aura de cesse de subjuguer ses contemporains par son talent et le foisonnement de ses œuvres. Homme de génie, il incarne son siècle dans sa dimension la plus humaniste et philosophique, au confluent d’influences diverses. 

Un artiste libre

Wolfgang Amadeus Mozart, de son vrai nom Johann Chrysos-Tomus Wolfgang Gottlieb, nait en 1756 à Salzburg, en Autriche. Enfant prodige, virtuose du violon et du piano, Mozart va tout d’abord révéler son talent dans la Vienne impériale. Plus tard, Joseph Haydn dira de celui qui deviendra son modèle et son maître : « En honnête homme et devant Dieu, Wolfgang est le plus grand compositeur que je connaisse ». Fréquentant très jeune les Salons où intellectuels et artistes se le disputent, c’est aussi très tôt que Mozart entre en contact avec la franc-maçonnerie. Une question se pose alors d’emblée pour l’observateur curieux. Quelle influence aura la franc-maçonnerie sur ce compositeur si exceptionnellement doué ? 

Un univers maçonnique

Il est indéniable que dès l’enfance, dans des circonstances souvent liées à la maladie, Mozart aura dans son entourage proche des francs-maçons. Ainsi à 11 ans, en 1767 il contracte la variole, maladie redoutable dont les conséquences sont souvent tragiques. Le docteur Wolff, franc-maçon connu, le soigne et le guérit. En ces temps les loges de Vienne n’ont rien de secret, malgré l’hostilité affichée de Marie-Thérèse d’Autriche contre l’institution. La teneur des travaux effectués en tenue est régulièrement publiée dans les journaux. Mozart remercie son sauveur en composant un enjoué An die Freunde  (A la joie). Une année plus tard, il rencontre le docteur Messmer, autre franc-maçon influant, qui lui fournira une source d’inspiration pour son célébrissime opéra Cosi fan tutte. L’itinéraire maçonnique apparait de plus en plus lisible, mais pour autant faut-il affirmer qu’à un âge encore de grande immaturité, malgré un génie musical précoce, Mozart soit déjà imprégné des idées et pensées véhiculées par la franc-maçonnerie ? Rien n’est moins sûr. A 16 ans entre deux voyages en Italie Mozart écrit O heiliges Band, sur un texte de Lenz. Ces lignes n’avaient jusqu’alors été publiées que dans un recueil strictement réservé aux seuls maçons. En 1773, c’est un franc-maçon de grande notoriété, Von Gebler, qui commande à l’adolescent deux chœurs et cinq entractes : Thamos roi d’Egypte. 

Statue of Wolfgang Amadeus Mozart in the Burggarten garden in Vienna, Austria, isolated on black

Une rencontre décisive

Le génie est en marche et Mozart retravaille sans cesse Thamos roi d’Egypte quelques 18 ans durant jusqu’à ce que « le sens lui parle » enfin, et que s’accomplisse l’alchimie de l’œuvre avec la naissance de la Flûte enchantée. La vie de Mozart est étayée de voyages, et de rencontres. Ceux qui croisent sa route ou l’accompagnent témoignent qu’il travaillait, composait, interprétait et, point fondamental pour comprendre son mode de pensée, se questionnait sans cesse. Un an avant la mort de sa mère, Mozart rencontre Von Gemmingen, personnage alors illustre à Vienne et au-delà, qui deviendra le Vénérable de la loge où le compositeur sera initié. En 1783, Mozart est invité par Von Gemmingen dans sa loge maçonnique de Vienne. Il y entrera comme musicien. En cette période très féconde, Mozart aura composé une moyenne de deux œuvres par mois.

L’entrée en loge

A 28 ans, Mozart est initié le 14 décembre 1784 dans la loge Zur Wohlthätigkeit (la bienfaisance). Moment intense, qui laissera une empreinte forte sur le compositeur qui dira plus tard combien cette étape l’aura marquée et lui aura permis de faire la part entre l’essentiel et le dérisoire. C’est sur un document vierge que Mozart rédige pour sa loge ce qui sera son testament philosophique et que l’on retrouve dans le triptyque qu’il composera la flûte enchantée, la clémence de Titus et le requiem. L’apprenti maçon débute une nouvelle vie. Quelques semaines après, le 7 janvier 1785, Mozart est promu compagnon dans la loge Zur wahren Eintracht (A la vraie concordance). Le quatuor à cordes qu’il achève trois jours plus tard comporte un andante se référant au rituel de réception maçonnique. Le 13 janvier de la même année il est élevé au grade de maître. A nouveau, quatre jours après son élévation, il compose un quatuor à cordes en ut majeur qui contient une référence marquée au grade de compagnon.

Les années de fin

Mozart aura également la joie d’accueillir au sein de la maçonnerie son ami et admirateur Joseph Haydn. Il balisera jusqu’à la fin de sa vie ses œuvres de références maçonniques.  Il meurt à l’été 1791, rongé par le syndrome de Schoenlein-Henoch. Il écrit à son père et à son frère Léopold : « comme la mort à y regarder de près est le but final de notre vie, je me suis, depuis quelques années, tellement familiarisé avec cette véritable et parfaite amie de l’homme que son image non seulement n’a plus rien d’effrayant pour moi, et m’est très apaisante, très consolante ».

Un artiste libre

Comme bon nombre d’artistes de l’époque, Mozart pour subvenir à ses besoins se place auprès d’un aristocrate, le prince archevêque Colloredo, pour lequel il devient Konzertmeister. Mais Mozart rapidement ne supporte plus cet homme pétrit d’orgueil, qui lui coupe sa créativité musicale. Se sentant méprisé et enchaîné au prince pour le pire, il décide de s’en émanciper, et devient ainsi un compositeur indépendant. Mozart sera le premier à porter cette condition d’artiste libre, qui constituera la matrice d’une vision nouvelle de la musique et l’art en général, incarnée par le romantisme du 19ème siècle.

Mozart et sa flûte enchantée : genèse Par Pascal Vigneron

La Flûte enchantée, Die Zauberflöte, Kochel Verzeichnis reste l’un des chefs d’œuvre de Mozart. Ce n’est pas un opéra à proprement parler mais un singspiel. Le Singspiel est une œuvre de théâtre parlée et chantée se rapprochant de l’opéra-comique. L’alternance de dialogues parlés, puis accompagnés de musique, coupés d’arias parfois enlevées (airs chantés avec musique d’orchestre) lui donne ainsi sa connotation populaire. Le premier singspiel de Wolfgang Amadeus Mozart fut L’Enlèvement au sérail commandé en 1782 par l’Empereur Joseph II. Mozart repris ce genre avec Zaide (Zaïde) et Der Schauspieldirektor (Le directeur de théâtre). C’est Emmanuel Schikaneder, chanteur et metteur en scène de théâtre qui réalisa le livret de la Flûte. A cette époque Emmanuel Schikaneder, également franc-maçon faisait partie d’une loge dont les opinions étaient assez éloignées de la loge de Mozart. Lorsque Schikaneder propose le livret de la Flûte enchantée, d’importantes modifications sont alors apportées par Mozart. Jouant lui même le rôle de Papageno, Schikaneder tenait un théâtre dans les environs de Vienne et c’est dans ce théâtre qu’eurent lieu les premières représentations. Après un démarrage modeste, cette œuvre connut un succès immense certainement grâce aux arias enlevées dont celle de la Reine de la nuit : Der Hölle Rache kocht in meinem Herzen.

La symbolique maçonnique de la flûte enchantée , par Pascal Vigneron

L’œuvre débute sur un adagio solennel où l’on peut entendre les trois coups symboliques de l’ouverture de la loge et de ses travaux. Ces trois coups vont revenir régulièrement mêlés à l’allegro qui suit. On peut noter la tonalité en mi bémol majeur, allusion au nombre de l’apprenti. L’harmonie ainsi créée musicalement est relative à la trinité des personnages Osiris, Isis et Horus. A propos de la signification même des symboles, Goethe écrivit avec beaucoup de justesse : « Il faut plus de savoir pour reconnaître la valeur de ce livret que pour la nier. (…) Il suffit que la foule prenne plaisir à la vision du spectacle : aux initiés n’échappera pas, dans le même temps, sa haute signification. » Mozart avait dans les trois derniers mois qui lui restait à vivre commencé un triptyque philosophique. Ce triptyque est composé de la Clémence de Titus, la flute enchantée et le Requiem. Il est évident que la flûte est la partie centrale de ce testament, et qu’elle est l’œuvre la plus ésotérique et la plus riche de symboles qu’ait désiré le compositeur. Entre autres références maçonniques, on retrouve en nombre de mesures dans l’acte deux, 1387-1616,  date d’adhésion de Mozart à la franc-maçonnerie, 1783 – date où les maçons de Florence trouvent refuge à Vienne.

Il faut souligner que la flute enchantée, si elle propose une vision initiatique et philosophique, est avant tout une œuvre musicale où le profane comme l’initié peuvent y trouver le plaisir ou les symboles qu’ils sont venus chercher. C’est donc avec une grande modestie qu’il faut aborder ce sujet, en prenant en compte les idées et théories en cours à l’époque. Nous pouvons cependant dire avec certitude que Mozart était sensible aux pensées universelles et spirituelles qui jouèrent ainsi certainement un rôle prédominant dans son inspiration. La flute enchantée n’échappe pas à cette règle.

Article écrit par Maud Etcheverry et Pascal Vigneron pour www.fm-mag.fr

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